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Vérité de la différence et vérité de l’unité
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Le Dharma du Bouddha expose très clairement la présence dans l’univers de deux grandes vérités : la vérité de la différence et celle de l’unité.
La première met l’accent sur l’infinie variété des phénomènes et des existences du cosmos. Aucune existence n’est exactement semblable à une autre ni aucun phénomène exactement semblable à un autre, ne serait-ce que par le fait qu’ils ne se déroulent jamais dans le même espace/temps. Cela rejoint le principe du devenir, du changement constant des choses qui est à la base de leurs différences, principe qu’Héraclite a symbolisé dans son aphorisme resté célèbre : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». La Loire d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier ni la Loire d’un instant la même que celle de l’instant suivant puisque l’eau qui coule n’est jamais la même. Il en va ainsi de toutes les choses manifestées dans l’univers. Différentes d’un instant à l’autre, elles le sont aussi entre elles car elles incarnent l’infini potentiel du « pouvoir cosmique fondamental ». Voir les différences telles qu’elles sont est important dans tous les domaines de la vie mais également dans ce qui se rapporte à la pratique de la Voie : la vie est la vie, la mort est la mort, l’éveil est l’éveil, l’illusion est l’illusion, le vrai est le vrai, le faux est le faux. C’est ce qu’on appelle le discernement. Ne pas les voir conduit à de fâcheuses et préjudiciables confusions. C’est de cette vérité de la différence que rend compte la première strophe du Genjo Koan de maître Dôgen : « lorsque toutes les existences sont le Dharma du Bouddha, il y a éveil ou illusion, pratique ou certification, vie ou mort, Bouddhas et êtres sensibles ». L’infinie variété des choses et les différences qui en résultent sont donc à prendre en considération mais est aussi à considérer le fait qu’aucune de ces choses n’a de substance propre, à savoir n’existe pas par soi-même mais par le truchement d’un certain nombre de causes et de conditions extérieures à elle. Par exemple, un arbre ne peut exister et subsister qu’avec le concours de l’eau, de l’air, de la terre et du soleil et, de ce fait, sa vie est inséparable de celle de tout l’univers. Vu sous cet angle, on peut dire que rien ne naît vraiment puisque rien ne naît à partir de rien. Par exemple, un corps humain ne vient pas à la vie à partir de rien mais à partir d’une réalité qui existait déjà avant lui, à savoir les spermatozoïdes d’un père et les ovules d’une mère. On ne peut donc pas dire qu’il naît mais qu’il est le produit d’un acquis antérieur à lui. De même, on ne peut pas dire qu’un corps humain meurt vraiment puisqu’il subsiste entre autre dans la transmission génétique dont il est à l’origine. En ce sens, rien n’ayant de substance propre, il n’y a fondamentalement « ni naissance ni mort », comme le dit l’adage bouddhique bien connu, ni aucune identité propre aux choses ni, conséquemment, aucune réelle différenciation entre les choses puisque les choses ne sont des choses qu’en apparence. D’autre part, si les choses ne sont pas non plus fondamentalement différentes entre elles, c’est aussi parce qu’elles doivent toutes leur existence à leur interdépendance avec tout l’univers. Ainsi, par exemple, un arbre n’est pas fondamentalement différent d’un être humain puisque l’un et l’autre n’existent que par leur interdépendance avec tout l’univers ou, pour le dire autrement, puisque l’un et l’autre ne sont que des formes temporaires prises par l’univers entier. C’est la vérité de l’unité, de l’un sous le multiple, étroitement associée au principe de la vacuité. La seconde strophe du Genjo Koan l’exprime ainsi : « lorsque toutes les existences sont vues comme n’ayant aucune substance, il n’y a ni illusion ni éveil, ni Bouddhas ni êtres sensibles, ni naissance ni extinction ». Le Dharma du Bouddha distingue vérité relative, parfois appelée aussi vérité d’apparence, et vérité ultime. Ces deux vérités de la différence et de l’unité sont une claire illustration de cette distinction, la vérité relative étant celle des différences et la vérité ultime celle de l’unité. Gérard Chinrei Pilet (Octobre 2026) |
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