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« Soyez égoïstes jusqu’au bout »
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« Si vous voulez être égoïste, soyez égoïste jusqu’au bout. Etendez votre ego à tout l’univers ».
La première fois que j’ai entendu ces paroles dans la bouche de maître Deshimaru, lorsqu’en mondo quelqu’un lui vantait les avantages qu’il trouvait à être égoïste, j’ai été étonné, voire choqué. Comment, lui qui, comme tous les maîtres spirituels, exhortait ses disciples à abandonner l’ego, pouvait-il parallèlement tenir des propos de cette nature ? Quelques semaines de pratique plus tard, j’ai réalisé que mon étonnement provenait d’une erreur de compréhension. J’interprétais ses paroles comme un encouragement adressé à quiconque est enfermé dans les limites de la conscience individuelle à appliquer les actions égoïstes propres à ce niveau de conscience sur une échelle aussi vaste que possible et dans des domaines aussi variés que possible alors que, tout au contraire, il invitait ce disciple à étendre son champ de conscience à l’univers entier en abandonnant sa conscience individuelle. Plus tard encore, j’en suis venu à comprendre que ce moi étendu à tout l’univers, c’est précisément ce que, dans ses kusen, maître Deshimaru appelait « true ego » ( le véritable moi ) ou « cosmical ego » ( l’ego cosmique ), en le différenciant du « petit ego »(ego individuel ). C’est à cette réalisation spirituelle que réfèrent également le Bouddha quand il dit que « le sage a pour corps l’univers entier » et maître Dôgen quand il répète que « l’univers entier est notre corps véritable ». Ces paroles de nos grands ancêtres sur la Voie, il ne faut pas les prendre comme « des façons de parler », des « manières de dire » mais comme des marqueurs d’une étape décisive sur le chemin de la libération du « petit ego ». En effet, aussi longtemps que subsiste l’identification au corps, la conscience reste arrimée au plan individuel. Ce n’est que par le dépassement de cette identification que la conscience retrouve sa vastitude originelle et qu’à l’approche dualiste du réel succède une approche englobante. Il est intéressant de noter qu’on retrouve ce principe d’une extention progressive du champ de conscience dans l’éducation d’un être humain. Si celle-ci est harmonieuse, le champ de conscience de l’enfant passe peu à peu du « moi tout seul » au « nous », permettant ainsi qu’il ressente peu à peu comme sien un monde de plus en plus vaste incluant son papa, sa maman, son papy, sa mamy et autres figures de sa fratrie, puis bientôt ses copains, ses copines et autres représentants de l’école et du collège. Si par ce processus son « moi » devient de plus en plus vaste, il n’en reste pas moins circonscrit à l’espace restreint de la conscience individuelle avec ses préférences et ses rejets, ses attachements et ses refus et son égocentrement de base : il y a « moi » et ce qui n’est « pas moi », c’est-à-dire ce « moi » qui est délimité par le corps physique et ce qui lui est extérieur, vécu comme « pas moi ». La plupart des êtres humains en restent à ce stade d’évolution, quelque soit leur niveau d’étude. Les seuls à le dépasser sont ceux qui s’engagent avec force et conviction dans la pratique d’une Voie spirituelle authentique, rendant ainsi possible l’élargissement du « moi » à l’univers entier ou, pour reprendre la terminologie de maître Deshimaru, rendant possible un passage du « petit ego « au « true ego ». Ce passage signe la consécration d’une éducation complète en tant que développement intégral du potentiel spirituel inhérent à la condition humaine. Gérard Chinrei Pilet (Septembre 2026) |
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