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Pas d’impasse sur l’étude des enseignements des maîtres (suite des deux articles précédents) |
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A l’extrême opposé de l’intellectualisme est apparu un courant selon lequel le zen se situe en dehors des Ecritures bouddhiques et que les étudier est donc parfaitement inutile, voire même préjudiciable à une approche de la méditation (zazen) qui, pour être authentique, devrait, aux yeux des représentants de ce courant, s’affranchir de toute grille théorique.
En soutien de leur point de vue, ils se réfèrent aux Quatre principes du t’Chan attribués au patriarche Bodhidharma, à savoir :
« Une transmission spéciale en-dehors des Ecritures ;
Ce qui est en cause ici, c’est leur interprétation littérale de l’expression « en dehors des Ecritures » qui ne signifie pas, comme ils le prétendent, « à l’exclusion des Ecritures » mais « au-delà » des Ecritures, cet « au-delà » exprimant le fait que les Ecritures ne sont que des panneaux indicateurs d’une direction à prendre et des traces d’un Eveil par nature inexprimable par les concepts et les mots. D’où l’énoncé du second principe : « ne dépendre ni des mots ni des concepts » ; ne pas dépendre signifiant ici ne pas prétendre réduire la vérité ultime à ce que l’approche conceptuelle peut en appréhender.
Ne dépendre ni des mots ni des concepts ; Pointer directement au cœur de l’homme ; Contempler sa nature propre et ainsi réaliser l’état de bouddha » Comme preuve que cette interprétation littérale de l’expression « en dehors des Ecritures » n’est pas la bonne, on peut faire valoir que les maîtres t’Chan font une utilisation constante et même insistante de citations tirées des sûtras et que Bodhidharma lui-même, auquel « les quatre principes » sont attribués, recommandait vivement à ses disciples l’étude du Lankâvâtâra Sûtra, au point qu’on a désigné par ce nom l’école dont il fut le fondateur. Déduire une prétendue inutilité des Ecritures du caractère inexprimable de la vérité ultime, c’est oublier que si le doigt qui montre la lune n’est pas la lune, il indique néanmoins dans quelle direction il faut tourner son regard pour la voir. Dans le même ordre d’idées, mais selon un symbolisme différent, on peut dire que si la carte géographique n’est pas le territoire, elle permet toutefois de s’orienter au cours du voyage. Qui, une fois atteinte la destination qu’il s’était proposée, en viendrait à nier l’utilité des cartes géographiques sous prétexte qu’elles ne lui sont plus à présent nécessaires ? Après avoir accompli la Voie et être devenu le grand maître qu’il fut, Bodhidharma n’avait certes plus besoin de lire et d’étudier le Lankâvâtâra Sûtra mais il savait que ce n’était pas le cas de ses disciples en cours de maturation spirituelle. En effet, à ceux qui cheminent sur la Voie, l’étude des textes doctrinaux et de leurs commentaires donne de précieux points de repère. On peut prendre en exemple la distinction faite par le Bouddha entre vérité ultime et vérité relative ou conditionnelle. L’étude et l’approfondissement du sens de cette distinction est de la plus grande importance pour le pratiquant. Elle lui permet, entre autres choses, de comprendre que si, au niveau ultime, toute dualité bien/mal est transcendée, au niveau relatif le bien est le bien et le mal est le mal. Sans ce repère indispensable, le pratiquant pourrait en venir à se comporter n’importe comment, considérant que la vérité ultime assentie pendant zazen justifie qu’on bafoue toute norme éthique. Cette dérive nihiliste, les repères donnés par les textes doctrinaux et leurs commentaires nous en préservent. Quant à la dérive substantialiste consistant à prêter une nature propre aux phénomènes, elle trouvera dans l’étude du Sûtra du diamant un bon antidote. Si l’on se place au niveau de la pratique de zazen en tant que telle et des dispositions de posture corporelle, de cœur et d’esprit requises pour l’aborder, le Fukanzazengi de maître Dôgen est particulièrement éclairant. En mettant l’accent sur le fait que l’Eveil originel est fondamentalement présent en chacun, il corrige le point de vue erroné selon lequel zazen produit l’Eveil comme une cause produit son effet, induisant une attitude de recherche de quelque chose qui aboutit à une impasse. Ainsi il paraît bien établi que l’étude des Ecritures est indispensable pour donner des repères aux pratiquants dans leur cheminement sur la Voie et pour conformer leur pratique au Dharma du Bouddha tel qu’il fut transmis par les maîtres de notre lignée. Gérard Chinrei Pilet (Juin 2026) |
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