La joie tranquille évoquée par Maître Menzan dans son ouvrage intitulé Ji ju yu zanmai ne peut être expérimentée
qu’à travers zazen ; les mots ne peuvent en transmettre la saveur. Le mieux , pour la suggérer, est peut-être
d’utiliser des négations.
C’est en effet une joie sans objet. Les joies que nous expérimentons d’ordinaire ont un objet qui les déclenche.
Cet objet peut-être intérieur : une pensée ou un sentiment qui nous rendent joyeux par exemple ; il peut être aussi
extérieur : tel ou tel événement qui nous donne de la joie… Rien de tel pour ce qui est de cette joie tranquille du
samadhi : elle n’est le fruit d’aucun phénomène intérieur ou extérieur. De ce fait, elle est également inépuisable
puisqu’elle ne dépend de rien d’extérieur à elle-même. Elle est inhérente à l’esprit de bouddha et, comme lui,
n’apparaît ni ne disparaît. Elle est là, toujours disponible à quiconque s’est, par la pratique de la Voie, rendu
le samadhi familier.
Elle est également sans contraire. La joie ordinaire peut se transformer en tristesse ou regret si l’objet qui la suscite
disparaît ou nous est soudainement enlevé. Rien de tel avec la joie du samadhi car, ne dépendant d’aucun objet, elle brille
de sa propre lumière en toute autonomie.
Enfin, cette joie du samadhi, on ne peut la recevoir de quelqu’un, fut-ce du plus grand des maîtres, fut-ce de Bouddha lui-même.
Elle ne devient effective qu’à celui qui tourne son regard vers l’intérieur et ne reste sur rien, sur aucun phénomène intérieur
ou extérieur. C’est à chacun de l’actualiser en tirant lui-même son propre anneau nasal.
Gérard PILET
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