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 Amour, sagesse et compassion

« Le sage aime comme le feu chauffe et éclaire », dit un aphorisme.

Le feu n'éclaire ni ne chauffe spécialement quelqu'un ou quelque chose. De même, l'amour du sage est universel, pas limité à quelques personnes appartenant au cercle de ses proches.

Si le pire criminel s'approche du feu, celui-ci continue à éclairer et chauffer. De même, l'amour du sage n'est dépendant d'aucun jugement de valeur vis-à-vis des personnes même si celles-ci se sont rendues coupables d'actions qu'il réprouve. Ainsi Bouddha dispense son amour à Angulimala même s'il n'approuve pas les assassinats multiples dont celui-ci était l'auteur.

Si quelqu'un injurie le feu, le feu ne se dispense pas pour autant de l'éclairer et de le chauffer. De même, l'amour du sage est inconditionnel. Ainsi, à son disciple Devadatta qui avait attenté à sa vie à plusieurs reprises et qui le poursuivait d'une jalousie féroce, Bouddha a offert son amour quand, sentant sa fin prochaine, ce disciple est venu implorer le pardon de son maître.

Bien pâle et étroit apparaît, en regard de cela, l'amour sélectif, conditionnel et intéressé que manifestent ordinairement les hommes, cet amour qui peut se transformer en haine si l'objet de l'amour est cause de souffrance pour nous ; cet amour fait de réactions émotionnelles compulsives aussi éphémères que la rosée du matin.

Comment combler cet écart immense entre l'amour inconditionnel et le fonctionnement affectif ordinaire qu'on peut qualifier d'amour-attachement ? Par la pratique de la Voie qui nous fait passer de l'illusion au réel. En effet, les myriades d'existences sont des vagues à la surface de l'esprit de bouddha. Quand une vague prend conscience que rien ne la sépare du grand océan, qu'elle est le grand océan, il y a réalisation par l'homme de sa véritable nature. À partir de là, elle considère toutes les vagues comme étant elle-même, elle les aime comme elle-même et leur souffrance est la sienne. C'est l'amour universel ; c'est maha karuna, la grande compassion. Amour inconditionnel et compassion naissent donc de la Grande Sagesse qui consiste à se vivre comme un avec l'univers et toutes les existences. C'est ainsi que s'explique la compassion sans faille de Bouddha, y compris à l'égard de celui qui tenta à plusieurs reprises de l'assassiner. Bouddha voyait Devadatta comme lui-même, avec cette seule différence que l'esprit de bouddha était chez celui-ci encore voilé par l'ignorance. L'esprit de bouddha une fois actualisé, on sait qu'aucun homme n'est intrinsèquement mauvais mais seulement temporairement plongé dans un état d'ignorance plus ou moins profond. C'est à cet état d'ignorance et aux souffrances qu'il entraîne chez celui qui en est victime que s'adresse la compassion et l'amour inconditionnel du sage.


Gérard Chinrei Pilet (Février 2012)
 
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