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 La chute du mur

Au matin de son éveil, le Bouddha s'exclama : « O gardienne, je te vois à présent. Pendant combien de vies m'as-tu retenu dans la prison de la naissance et de la mort ? Maintenant, je distingue nettement tes traits, tu ne pourras plus jamais reconstruire de murs autour de moi. »

Cette gardienne, c'est l'ignorance de notre véritable nature. C'est elle qui obscurcit le mental de voiles épais. Celui-ci, égaré par d'incessantes pensées illusoires, divise faussement la réalité en sujet et objet, en moi et les autres, en naissance et mort. De ces représentations erronées surgissent l'avidité, la jalousie, la haine, l'orgueil... De ces états mentaux et émotionnels négatifs naissent des actions injustes productrices d'un lourd karma qui ne fait qu'épaissir les nuages de l'ignorance qui nous masquent notre véritable nature.

Ainsi se constitue et perdure cette prison aux murs en apparence indestructibles et à la gardienne en apparence invincible évoquée par le Bouddha. En apparence seulement...

En effet, en nous révélant à notre véritable soi-même, la pratique de l'assise silencieuse nous fait réaliser que nous sommes fondamentalement libres et vastes comme le ciel infini. C'est cette réalisation qui immunise une fois pour toutes contre l'avidité, la jalousie, la haine et l'orgueil, compagnons inséparables de l'homme enfermé dans la prison de l'ignorance.

À l'heure où l'injustice, le mensonge, la haine, la corruption et l'avidité minent de l'intérieur la société moderne, le mieux que l'on puisse souhaiter à l'aube de cette année 2012 est qu'un nombre toujours croissant de personnes s'engagent dans la pratique de l'assise silencieuse et démasquent ainsi la gardienne qui reconstruit inlassablement les murs de la prison du moi. C'est ainsi que l'humanité pourra exorciser ses démons en élevant son niveau de conscience. Qu'on ne l'oublie jamais : les fruits de la pratique spirituelle ne sont pas simplement cueillis pour le seul bonheur de celui qui s'y adonne, ils bénéficient à l'ensemble de la communauté humaine. Sans se mêler de politique, les hommes de la Voie peuvent contribuer à l'instauration de la paix, de la joie tranquille et de la justice par le seul fait qu'ils sont eux-mêmes paisibles, heureux et justes.

Avec tous mes voeux de bonne année et de pratique sereine.


Gérard Chinrei Pilet (Janvier 2012)
 
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