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 MUSHIN

On traduit généralement mushin par « non-esprit ». L'esprit dont mushin est la négation ou plus exactement le dépassement c'est le mental. Ce dernier comporte quelques caractéristiques majeures qu'il est bon d'examiner pour mieux comprendre la nature de mushin.

Tout d'abord, le mental est capacité à se mouvoir dans le temps par la pensée. Si cette faculté peut s'avérer précieuse quand elle n'est pas contrôlée, elle nous distrait du moment présent en nous faisant voyager dans un passé qui n'existe plus ou dans un futur qui n'existe pas encore. Ce faisant, elle nous fait manquer la réalité de l'instant, seule réalité véritable.

La seconde caractéristique du mental est de superposer à la réalité telle qu'elle est un chimérique « ce qui aurait dû être ». Le mental, en effet, ne cesse de qualifier les choses en termes de bon ou mauvais, juste ou injuste, etc. Cela conduit bien souvent l'être humain à nier la réalité telle qu'elle est et à la déformer en projetant sur elle ses catégories, ses jugements de valeur, ses attentes, ses peurs... La conséquence, c'est que chacun vit dans son monde au lieu de vivre dans le monde. Chacun, chérissant les opinions nées de son mental, construit sa réalité en ayant de surcroît l'illusion qu'elle est LA réalité.



Mushin, c'est abandonner le mental. Durant zazen, cet abandon s'effectue par le fait de « laisser passer les pensées » sans rien entretenir ni rejeter. Ce faisant, s'ouvre à nous l'expérience du pur « ici et maintenant » qui en soi est plénitude. On se rend compte alors que tout est là, dans l'instant. Cette expérience, c'est mushin. L'abandon du mental et de ses catégories dualistes ouvre d'autre part à la conscience un espace illimité qui lui permet d'« embrasser les contradictions », comme le disait Maître Deshimaru. Mushin, c'est aussi cela cet esprit vaste qui est notre nature réelle et de laquelle nous sépare l'attachement au mental et à ses catégories. Avec mushin, c'en est fini du découpage de la réalité à partir de nos références (j'aime / je n'aime pas) ou de nos jugements de valeur. De ce point de vue là, on peut dire que mushin est l'abandon d'une vision égocentrée de la réalité et la réalisation d'une vision juste.

« Pour le sage, la montagne est seulement la montagne », dit un proverbe zen. Voir la montagne telle qu'elle est. Sans rien ajouter, sans rien retrancher.

Gérard PILET

 
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