Le samadhi de zazen révèle la présence de l'esprit vaste. Rien ne peut le décrire car il est au-delà de tous les concepts que la
pensée discursive peut élaborer. Vouloir s'en saisir est également vain, et pour la même raison : qui ou quoi pourrait contenir
l'infini, qui ou quoi pourrait contenir ce qui est à la fois le contenu et le contenant et au-delà du contenu et du
contenant ?
Sa présence révélée par le samadhi de zazen comble tous les manques, confère la paix véritable et la joie sans objet.
C'est bouddha sans forme.
Cet esprit vaste insaisissable et inqualifiable est manifesté dans toutes les existences, quelque soient les modalités prises par
celles-ci. Il est, de ce point de vue, « les montagnes, les rivières et la vaste terre », pour reprendre une expression chère à
Maître Dôgen. C'est bouddha avec forme.
Bouddha avec forme et bouddha sans forme sont inséparables. Illustrons cela par un exemple. Supposons qu'un ami fortuné vous donne
de l'or que vous faites fondre pour en faire une statue. Si cet ami, soudain dans le besoin, vous réclame l'or dont il vous avait
gratifié, vous ne pouvez pas lui dire : je te redonne l'or mais je garde la statue. Bouddha sans forme et bouddha avec forme sont
aussi inséparables que l'or et la statue dans l'exemple ci-dessus proposé.
Cela permet de comprendre les enseignements à première vue déconcertants de certains maîtres Chan, tel Joshu qui, à la question :
« quelle est la signification de la venue du patriarche de l'Ouest ? », répond : « le chêne dans le jardin ».
Ajoutons que l'infinité même de l'esprit vaste suppose qu'il inclue l'univers des formes limitées et conditionnées.
Une dernière remarque : c'est uniquement en réalisant notre véritable nature par la pratique de la Voie que l'on peut voir l'univers
et ses myriades de formes comme bouddha. En d'autres termes, c'est seulement en tranchant le koan « qui suis-je, » que l'univers
se révèle à nous sous son véritable aspect, à savoir comme manifestation de notre vrai soi-même qui est nature de bouddha.
Gérard Chinrei Pilet (Mai 2011)
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