Maître Deshimaru dit que le vrai koan, c'est notre vie. Et en effet, au coeur même de la condition humaine,
existent des paradoxes insolubles par la pensée discursive.
Ce koan qu'est notre vie revêt trois aspects :
Le premier est que les hommes ne veulent pas mourir alors que tous sont tôt ou tard voués à la mort. C'est une réalité
qui laisse l'homme insatisfait, comme le Bouddha n'a pas manqué de le faire remarquer : mourir est dukkha, souffrance.
Ce paradoxe, ni la pensée conceptuelle ni le progrès scientifique et technique ne peuvent le résoudre. Il ne peut l'être
que par la réalisation de notre véritable nature, fruit de la pratique de la Voie.
Le second aspect, c'est que l'homme a une soif de comprendre et de connaître qui semble inextinguible et le laisse dans
l'insatisfaction propre à toute démarche inaboutie, à toute recherche inachevée. Pour étancher cette soif et l'insatisfaction
qui lui est concomitante, la solution est le fameux « connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers » inscrit sur le fronton
du temple de Delphes qui ne désigne rien d'autre que la connaissance de notre véritable nature.
Dernier aspect de ce koan, c'est que les hommes ne parviennent que bien rarement à être véritablement heureux alors qu'ils
aspirent à l'être. Dans les meilleurs des cas, ils réalisent un bonheur fragile et éphémère parce que tributaire des circonstances
extérieures sur lesquelles ils ont peu de prise. La Voie proposée par le Bouddha résout ce paradoxe en nous ouvrant à ce bonheur
inconditionnel inhérent à notre véritable nature et, par la même, indépendant des aléas de la vie.
Le Bouddha ne parle pas en théoricien mais en homme d'expérience. S'il enseigne un chemin qui tranche la question de la vie/mort,
met un terme à la soif de savoir et dispense le bonheur inconditionnel, c'est pour l'avoir lui-même expérimenté. Il nous invite à
faire de même sans traîner en chemin car la vie est courte et le temps passe vite...
Bon été et bonne pratique.
Gérard Chinrei Pilet (Juillet 2010)
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