Bodaishin, l'esprit d'éveil qui nous incite à pratiquer la voie, est un des aspects de l'esprit de bouddha.
À ce titre, il est « non-né ». Cela signifie concrètement qu'il ne dépend de rien, qu'il n'est pas un effet résultant
d'une cause et qu'il est au-delà de l'apparition et de la disparition. Quand on parle de facteurs produisant l'esprit d'éveil,
il faut donc comprendre cela dans le sens où ceux-ci favorisent la prise de conscience par quelqu'un de la dimension la plus
profonde et omniprésente de son esprit et non dans le sens où quelque chose qui n'aurait pas été jusque-là présente adviendrait
à l'existence ?
Reste à déterminer quels sont ces facteurs ?
L'expérience de « dukkha » est sans doute le premier d'entre eux. Entendons par « dukkha » cette sorte d'incomplétude existentielle
ressentie face à des phénomènes toujours changeants, incapables, si l'on s'en remet seulement à eux, de donner un bonheur durable et
absolu. C'est cette expérience que fit le Bouddha lorsque, sortant de son palais, il fut soudain confronté à l'impermanence à travers
la vision d'un malade, d'un vieillard et d'un cadavre et où, dans l'instant, l'esprit d'éveil fit irruption en lui. En somme, l'esprit
d'éveil se manifeste chez quelqu'un lorsque le voile de l'illusion phénoménale se déchire.
Entretenir en nous cette conscience de l'impermanence des phénomènes est par voie de conséquence un des moyens les plus puissants pour
protéger l'esprit d'éveil une fois celui-ci manifesté. C'est, ce que ne cessera de faire le Bouddha - entre autres maîtres - avec ses
disciples.
Une fois la pratique de la voie installée, d'autres facteurs peuvent également contribuer à protéger et à renforcer cet esprit d'éveil.
D'abord, bien entendu, la régularité dans la pratique mais aussi la rencontre avec un maître et l'expérience de ce que Maître Menzan appelle
«Jijuyu Zanmai», la joie du samadhi, comparés à elle, les bonheurs phénoménaux paraissent bien ternes...
Mentionnons enfin, l'esprit de compassion qui nous incite à pratiquer la voie et à l'approfondir pour aider et guider les êtres et les faire
passer avant soi-même sur l'autre rive.
Gérard PILET
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