« Si l’esprit ne reste sur rien, le véritable esprit se manifeste », lit-on dans le Sutra du Diamant.
On peut dire aussi : si l’esprit ne reste sur rien, il retrouve sa nature originelle, vaste, sans limite.
A chaque fois que l’on suit les pensées, on se sépare de cette vastitude originelle de l’esprit. Et quand
on cesse de les suivre, immédiatement elle redevient présente. Aussi, il n’y a rien à chercher, il suffit
de ne rester sur rien.
Se reconnecter à cet esprit vaste, c’est comme retrouver sa vraie demeure. Aussi longtemps que cela ne s’est
pas fait, on est semblables à des exilés ayant perdu contact avec leurs racines. Le samsara, c’est précisément
cet exil de ce qui constitue notre véritable nature, notre vraie demeure.
La grande majorité des êtres humains sont des exilés. Ils ont perdu le chemin de leur vraie demeure, pourtant
accessible à chacun. Ce chemin se dessine dès qu’on tourne son regard vers l’intérieur. Son point de
destination nous est proche : sitôt qu’on ne reste sur rien, nous sommes de retour dans notre vraie demeure.
Notre vraie nature est l’illimité mais les hommes l’oublient en se prenant pour un corps ou pour des pensées,
des émotions, des sensations...
Cet esprit originel, vaste comme le ciel infini, est symbolisé par le kesa. Coudre le kesa, le recevoir ou le
porter, c’est vénérer cet esprit illimité.
Le Sutra du kesa que nous récitons tous les matins avant de le revêtir dit :
Vêtement universel, illimité et béatifique,
Maintenant j’ai le satori du Bouddha pour aider tous les êtres,
Ô merveilleuse émancipation.
Ces caractéristiques du kesa – geda puku : universel - muso : sans forme, sans limite – sont
exactement celles de l’esprit originel.
Avant de le revêtir, on le place sur la tête pour exprimer qu’il est au-delà de la personne qui le porte,
au-delà du moi limité. Le vénérer aide à dépasser l’illusion de l’ego. Il y a des kesa à 5, 7, 9, 11 ou 15
bandes et on pourrait continuer ainsi, si l’aspect matériel des choses ne nous en empêchait pas. Cette série
à priori infinie symbolise la nature infinie de l’esprit originel : bien que matérialisé dans une forme, le
kesa symbolise le sans-forme, ce dont les mots ne peuvent rendre compte.
C’est le vêtement du moine ou de la nonne car leur vocation première est de manifester cet esprit muso (sans
forme, sans limite). Quand la vénération pour le kesa croît, l’ego diminue. C’est ainsi, expliquer davantage
n’est pas possible.
Les vêtements ordinaires ont une fonction bien précise : préserver une certaine pudeur, soigner son aspect
extérieur, apporter confort ou encore protéger du froid et du chaud… Le kesa, lui, est au-delà de la pudeur,
de l’élégance ou du confort. C’est le vêtement de bouddha. On ne peut l’enfermer dans une fonction. Il échappe
à toute définition, au même titre que l’esprit vaste. Il est porté par les humains mais est au-delà de
l’humain. Il est muso fukuden e, le vêtement du sans-limite.
Gérard Chinrei Pilet (Février 2010)
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