Comme l’herbe en hiver,
Invisible dans le champ couvert de neige,
Le héron blanc dans sa propre forme
Garde son corps dissimulé.
La neige, en recouvrant tout de blanc, fait s’évanouir les différences. Le héron blanc dans le champs
couvert de neige ne se distingue plus, il se fond dans le paysage. Cette image symbolise l’abandon de
l’esprit personnel et la fusion avec l’esprit de bouddha.
C’est pourquoi ce poème de Maître Dogen symbolise raihai, l’esprit profond de zazen exprimé à travers
la prosternation (sanpai). Raihai, dit Maître Deshimaru, c’est atteindre la moelle en se prosternant
(sanpai), c’est le petit ego qui s’efface, comme la neige efface les différentiations. Sanpai fait
s’évanouir les différences entre nous et bouddha, nous et les autres, nous et l’univers. Maître Deshimaru
fait aussi remarquer que les Européens sont peu enclins à la prosternation car ils ont développé le culte
de la différence, l’envie de se singulariser oubliant leur unité avec l’univers et les autres. Pour changer
l’esprit de notre civilisation matérialiste et individualiste, raihai est de première importance. S’il faut
parfois montrer sa différence, il ne faut jamais oublier l’esprit de raihai, l’esprit non-deux, l’abandon du moi
à travers sanpai et gassho.
Maître Deshimaru dit encore que le vrai zen, c’est zazen raihai : corps-esprit abandonnés. Si on pratique
zazen sans raihai, on ne peut obtenir la moelle du zen. C’est pourquoi l’enseignement contenu dans ce poème
est si important. Le zen n’est pas une technique pour améliorer l’ego d’une manière ou d’une autre mais pour
l’abandonner, pour aller au-delà. Pour cela, les manières prises par le corps sont importantes : gassho,
sanpai, shashu. Si on les pratique avec sincérité, elles influencent profondément l’esprit et l’arrogance
de l’ego peut alors céder. Si on oublie raihai, on fait du zen une technique qu’on met à toutes les sauces :
zen pour le business, pour la santé, pour la réussite sociale… C’est dénaturer le Dharma de Bouddha, mettre
celui-ci au service des visées de l’ego.
Gérard PILET.
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