Quand Eka se rend à l’ermitage de Bodhidharma pour lui demander de suivre la Voie à ses côtés,
celui-ci tourné face au mur, ne répond pas. Eka reste malgré tout, renouvelle sa demande à plusieurs
reprises mais Bodhidharma ne répond toujours pas. Trois jours et trois nuits plus tard, Eka se tranche
le bras et c’est alors que Bodhidharma se tourne vers lui.
Ce récit montre que, pour approfondir la Voie, il faut abandonner quelque chose de soi-même et renouveler
régulièrement cet abandon. Sans cela, une fois passée la fascination première, on est enclin à arrêter la
pratique.
Être fasciné, c’est facile, surtout dans notre société moderne où les médias nous poussent à cela. Mais aller
au-delà de la fascination première demande de se trancher le bras, d’abandonner quelque chose.
Dans les années 65-70, beaucoup de gens se sont essayés à la pratique de la Voie, du fait de l’intérêt soudain
de l’Occident pour les spiritualités orientales. Mais relativement peu ont continué la pratique, beaucoup n’ont
pas dépassé le stade de la fascination première, faute de s’être, à un moment ou à un autre, tranché le bras.
Tout cela ne signifie pas qu’une fois passé le stade de la fascination première, nous n’ayons plus jamais à nous
trancher le bras. Bien loin s’en faut! Périodiquement, la Voie nous invite à des lâcher-prise et des abandons.
Leur nature dépend de chacun, de ses caractéristiques propres et de son contexte de vie et de pratique. C’est,
avec la régularité dans la pratique, par ces abandons et lâcher-prise successifs que nous approfondissons de plus en plus la Voie.
Gérard PILET (Septembre 2009)
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