Zazen : ne restez sur rien.
Ne rester sur rien, c’est ne se saisir de rien de ce qui apparaît, pensées, émotions, sensations.
C’est aussi n’offrir aucune résistance à ce qui se manifeste. Ni saisie, ni rejet de quoique ce soit.
C’est ainsi que l’on devient intime avec l’esprit vaste.
Dans la vie quotidienne, les sensations vécues, les phénomènes rencontrés sont presque toujours reçus
selon la saisie ou le rejet, le refus. C’est ce qui nous enferme dans notre monde, le monde de l’ego.
En abandonnant ce fonctionnement saisie/rejet, est abandonné par là-même le monde de l’ego. On s’ouvre
à ce qui est, tel que c’est.
À partir de l’esprit vaste, on peut observer la prison du moi dans laquelle on est enfermé la plupart du
temps. Le gardien de la prison, c’est le fonctionnement saisie/rejet. Les barreaux, c’est le mental. C’est
une prison où tout le monde souffre et se sent à l’étroit. Et pourtant, c’est une prison que l’on construit
soi-même. Les barreaux, c’est soi-même ; le gardien, c’est soi-même. Chacun a les clefs pour sortir de la
prison, mais bien peu s’en servent.
Plus vous verrez la nature de cette prison, son influence dans votre quotidien, plus vous approfondirez la
Voie. Je dis souvent « Ne cherchez pas à devenir bouddha, vous l’êtes déjà, mais cherchez l’illusion ». Repérez
la prison. Si vous ne repérez pas la prison en tant que prison, vous n’en sortirez jamais.
Tous les hommes n’ont pas la même prison : certaines ont des barreaux rudimentaires, d’autres des barreaux en or ;
certaines meublées d’un simple matelas jeté par terre, d’autres de meubles précieux. Mais, dans tous les cas,
c’est toujours une prison.
Les hommes n’arrêtent pas de faire de la compétition. C’est à celui qui aura la plus belle prison. Quant à ceux
qui voient vraiment qu’ils sont en prison et qui savent comment en sortir, il n’y en a pas beaucoup. Le vrai choix
dans la vie d’un homme, c’est celui-ci : est-ce que je vais faire tout mon possible pour avoir la plus belle prison,
celle qui en jette le plus aux yeux des autres, ou est-ce que je vais faire tout mon possible pour en sortir?
C’est la vraie question.
Kanjizaï, commence l’Hannya Shingyo. Kan : voir. Jizaï : la liberté, la sortie de prison. Pour sortir de la prison,
il faut pratiquer kan. Voir ce qui est, voir la prison telle qu’elle est. C’est zazen.
Bon été et bonne pratique.
Gérard PILET (Juillet 2009)
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