Le Bouddha dit que le corps est une barque qui nous permet de passer sur l’autre rive.
Passer de la rive de l’illusion à celle de la réalité ; passer de la rive du samsara à celle de
la vraie liberté ; passer de la rive de dukkha, l’insatisfaction chronique à celle de l’ananda,
le bonheur inconditionnel.
Les deux rames qui permettent à la barque d’aller d’une rive à l’autre sont la rame du non-attachement
aux phénomènes intérieurs et extérieurs et celle du discernement où on voit ce qui est tel que c’est,
à savoir que les phénomènes sont sans substance et n’ont qu’une apparence de réalité.
Lorsqu’on tient fermement la rame du discernement, automatiquement, on tient aussi celle du non-attachement.
Les deux vont de pair : si vous voyez réellement les phénomènes tels qu’ils sont, aussitôt le non-attachement
se réalise. À l’inverse, considérer les phénomènes comme réels, substantiels est un obstacle au non-attachement.
Qu’est-ce qui nous munit de ces deux rames ? C’est zazen régulièrement et quotidiennement pratiqué. Aussi, ne
passez pas votre vie à vous agiter vainement au milieu des phénomènes intérieurs et extérieurs. Tout cela fait
partie du rêve, de la « fantasmagorie » disait Vimalakîrti. L’autre rive nous attend depuis longtemps, c’est
notre vraie demeure, notre véritable nature.
Gérard PILET
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