Les préceptes reçus lors de l'ordination sont tous énoncés sous une forme négative :
« ne pas tuer » et non pas « respecter la vie » ;
« ne pas mentir » et non pas « dire la vérité »;
« ne pas être avare » et non pas « être généreux », etc.
Cette forme négative met l'accent sur ce qu'il faut éviter de pratiquer. Recevoir les préceptes, c'est donc d'abord faire le vœu
d'assumer pleinement son humanité en cessant de se comporter comme un animal, voire comme un démon. Par le respect de ces préceptes,
il est possible de sortir des « six mauvais chemins » et des souffrances qui en résultent.
Toutefois, à s'en tenir à cette vision formelle des préceptes, on courrait le risque de les réduire à un code moral plus ou moins
extérieur à l'individu. D'où la nécessité d'une pratique de la Voie qui les rende pleinement vivants. En effet, pour qui suit la
Voie, les préceptes cessent d'être perçus comme des injonctions et deviennent l'expression de la nature de bouddha actualisée.
Par exemple, accomplir des actions gravement nuisibles à autrui devient « contre nature » dès lors qu'est réalisé le principe de
l'interdépendance des êtres et des phénomènes.
Qui plus est, au fur et à mesure que la Voie s'accomplit, la portée des préceptes s'approfondit. Ainsi, par exemple, « ne pas
être avare» prend aussi le sens d'abandonner l'illusion qu'on puisse posséder quoi que ce soit; « ne pas mentir » celui de ne plus
être manipulé par le mental qui empêche de voir ce qui est tel que c'est; « ne pas s'intoxiquer » celui de cesser de boire le vin
de l'attachement qui produit l'ivresse du samsara et les souffrances qui lui sont associées.
Comme on le voit, accomplir pleine-ment les préceptes et réaliser la Voie sont deux choses inséparables, comme le recto et le verso
d'une même feuille de papier.
Gérard PILET
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