Ce « connais-toi toi-même » dont parlait souvent Maître Deshimaru est le cœur de la Voie : c’est tourner son regard
vers l’intérieur.
L’une des caractéristiques du monde moderne est d’avoir négligé ce type de regard au profit d’un regard tourné exclusivement
vers l’extérieur. Ainsi, beaucoup d’argent a été dépensé pour atteindre la lune, et tout cela pour ne rapporter que de la
poussière ! Mais ce reflet de la lumière de bouddha sur le mental, reflet que Maître Dôgen désignait par le symbole de la lune,
l’homme moderne ne s’en occupe pas. Pourtant, le bénéfice n’est pas seulement quelques grammes de poussière mais le bonheur
inconditionnel et la paix de l’esprit.
De même, l’homme moderne se concentre à produire des armes de plus en plus puissantes pour éliminer ceux qu’il appelle ses
ennemis, mais ne fait rien pour éliminer en lui l’ego et tous ses satellites : l’orgueil, la jalousie, l’avidité… Autant
d’obstacles qui le maintiennent dans l’ignorance de sa véritable nature, dans les griffes de maya, l’illusion, et dans celles
de dukkha.
On peut dire qu'il y a en nous trois personnes : La première est celle qu'on croit être, la seconde celle que les autres croient
qu'on est et la troisième celle qu'on est vraiment.
La première personne – celle qu'on croit être – se met en place à partir de l'illusion du moi et se nourrit de ce que Bouddha
appelait « cette fausse idée d'un moi ». On croit qu'on est le corps, les pensées, les émotions, les sensations, le caractère,
les goûts, le nom qu'on porte, la profession qu'on exerce... À la question « qui suis-je ? » la plupart des êtres humains répondent
à partir de ces critères.
La seconde personne – celle que les autres croient qu'on est – est aussi une vision qui procède de l'illusion du moi. Les autres nous
définissent à partir de nos pensées, de nos sentiments, de notre profession, de notre caractère…
Il y a, enfin, ce qu'on est vraiment, qui n'exclut ni l'apparence physique ni les données psychologiques mais va bien au-delà. C'est
la Voie qui nous ouvre à cela, à savoir cet esprit de bouddha vaste comme le ciel et que rien ne peut définir. Seul celui qui a réalisé
ce qu'il est vraiment peut voir les autres tels qu'ils sont fondamentalement, c'est-à-dire bouddha.
Gérard PILET
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