Maître Deshimaru citait souvent cette phrase inscrite sur le fronton du Temple de Delphes : «Connais toi toi-même.»
Qu’il l’ait citée n’a rien d’étonnant car se connaître soi-même est indissociable de la pratique de la Voie.
Beaucoup de gens croient se connaître et cependant ignorent leur véritable nature. Ce qu’ils connaissent à peu près
d’eux-mêmes, c’est leur corps, leur tempérament, certains aspects de leur caractère et de leur psychologie mais,
pour autant, ils ne réalisent pas leur véritable nature. Réaliser sa véritable nature suppose laisser tomber tout ce
qu’habituellement on considère comme le moi. Et c’est pourquoi ce « connais toi toi-même » est d’une certaine façon
l’un des grands koan de la Voie. En effet, si paradoxal que cela puisse paraître, c’est quand on s’oublie
soi-même qu’on peut se connaître soi-même et réaliser sa véritable nature.
Maître Dôgen l’a très bien exprimé dans cette célèbre phrase du Genjo Koan :
Étudier la Voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même.
S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même.
C’est précisément dans ce « s’oublier soi-même » qu’on rencontre obligatoirement la Voie. En effet, cet oubli de
soi-même est le cœur de zazen : en zazen le corps n’est pas le corps de tel ou tel mais un corps en posture et les
pensées qui apparaissent et disparaissent, étant laissées à elles-mêmes, n’appartiennent à personne. Quand corps et
esprit sont ainsi abandonnés, l’esprit au-delà du moi et du mien resplendit de toute sa lumière. C’est ce qu’on
appelle dans le Zen l’esprit de bouddha. Il est notre véritable nature.
La plupart des hommes définissent celle-ci à partir d’une identification à leur corps et à leur mental. Cette erreur
sur leur identité les condamne à un sentiment d’insatisfaction chronique et d’incomplétude que Bouddha a dénommé
dukkha. Trouver sa véritable identité, être ce que l’on est vraiment est le seul remède à dukkha, la
seule voie d’accès à la paix authentique et au bonheur inaltérable.
Gérard PILET
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