Dans le Sutra du Diamant, il est dit : « Quiconque dit que le Tathagata va, vient, s'assoit, s'allonge, ne comprend pas mon
enseignement car le Tathagata ne va nulle part, ne vient de nulle part ; c'est pourquoi il s'appelle Tathagata. »
Fait écho à cela, ce mondo entre Unmon et Tôzan :
« D'où venez-vous ? demande Unmon – du monastère de Sato, répond Tôzan.
– Où étiez-vous cet été ? demande Unmon – au monastère d'Ozu, répond Tôzan.
– Quand êtes-vous parti ? reprend Unmon – Le 1er septembre » répond Tôzan.
Unmon explose alors de colère et chasse Tôzan de son temple.
Se vivre comme un moi situé dans l'espace et le temps et s'identifier au corps (je viens, je pars, je m'assois, je m'allonge,
je fais zazen) est une vision erronée liée à l'illusion du moi dont le Sutra du Diamant essaie de nous débarrasser. C'est de
cette illusion dont Unmon tente vainement de débarrasser Tôzan. Le Tathagata, ou, si vous préférez, celui qui réalise sa
véritable nature, fait sans faire, c'est-à-dire sans aucun narcissisme pour s'approprier l'action. De même, c'est quand zazen
cesse d'être rapporté à un moi qui fait zazen qu'il y a vrai zazen. Alors, zazen fait zazen.
Les reflets vont et viennent sur le miroir mais le miroir, lui, ne bouge pas, ne va ni ne vient. C'est à partir du koan du
miroir et des reflets, développé dans l’Hokyo Zan Mai, que vous pouvez réaliser cet enseignement du Sutra du Diamant,
l'actualiser. Quand, dans votre vie quotidienne, vous allez et venez, êtes-vous les reflets ou le miroir ? C'est toute la
question.
D’ordinaire, les hommes s’identifient à leurs pensées, émotions, sensations sans même s’en rendre compte. C’est un fonctionnement
quasi mécanique. En zazen, lorsqu’il y a concentration, ces pensées, émotions… sont vécues comme de simples reflets. Pourquoi ?
Parce que zazen permet la manifestation de la conscience en tant que miroir, en tant que simple témoin neutre de ce qui surgit.
Le miroir reflète ce qui le traverse sans en être affecté. Il en est de même de la conscience en tant que miroir, elle est non
affectée par les pensées et tout ce qui apparaît et disparaît.
Si vous continuez la pratique de zazen, peu à peu, au fil des mois et des années, cette conscience en tant que miroir s’installe
même dans votre vie quotidienne. Les phénomènes du quotidien sont alors vécus comme de simples reflets qui n’affectent pas la
conscience miroir. Si paradoxal que cela paraisse, c’est à ce moment que vous commencez à vivre pleinement les phénomènes en cessant
d’être emportés par eux. C’est le koan du miroir et des reflets. Vous vivez pleinement les phénomènes mais néanmoins, quelque chose
a radicalement changé. Pourquoi le Tathagata ne va-t-il et ne vient-il de nulle part ? Parce que la conscience en tant que miroir
est chez lui omniprésente, et si les reflets bougent, le miroir ne bouge pas. Pour le bouddha réalisé, s’asseoir, s’allonger, marcher,
parler… sont des actions vécues comme des reflets dans le miroir.
Kusen de Gérard PILET, Montreuil le 14 janvier et Dojo du Châtelet le 15 janvier 2008.
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