Parmi les nombreux enseignements du Bouddha, l’un des plus connus est sans nul doute celui relatif à « l’octuple sentier », aux huit
embranchements existant sur le chemin de l’Eveil.
Il ne s’agit pas d’un code moral, comme beaucoup sont portés à le croire, mais de l’expression de la nature de Bouddha pleinement
actualisée.
Le premier de ces huit sentiers, c’est l’action juste. Qu’est-ce que l’action juste ? Plusieurs paramètres la définissent tels que
l’intention pure présidant à l’action et la nature conforme au bien de celle-ci. A cela, il faut ajouter le fait de ne pas s’attacher
égocentriquement aux fruits de l’action. Pareil attachement maintient dans l’ego. Un jour, dans un mondo, une personne a demandé à
Maître Deshimaru : « Que deviendra votre mission après votre mort ? » Maître Deshimaru a répondu : « Je sème. La récolte, l’ordre
cosmique en décidera. » C’est un bon exemple d’action faite sans attachement aux fruits qui peuvent en résulter : on agit au mieux et
on abandonne les fruits de l’action à l’ordre cosmique. Celui qui agit ainsi ne se décourage jamais, alors que l’homme attaché aux
fruits de l’action se décourage si ceux-ci ne sont pas conformes à ses attentes.
D’autre part, l’attachement aux fruits de l’action renforce chez l’homme l’illusion qu’il est réellement le producteur de ces fruits
alors qu’en réalité il n’en est rien. Si quelqu’un récolte un champ de blé, qu’a-t-il fait au juste ? Retourner la tourne et semer la
graine. Mais pour ce qui est de l’essentiel, c’est le pouvoir cosmique qui s’en charge, pouvoir illustré ici par le potentiel présent
dans la graine, la présence de la terre, de l’eau, du soleil, de l’air … Et le peu que fasse l’homme, à savoir retourner la terre et
semer la graine, il le fait parce que ce même pouvoir cosmique s’exprime à travers son corps.
Cela dit, ce que l’homme fait, il en est responsable, non seulement au regard de la société mais aussi vis-à-vis de lui-même. Toute
action engendre pour son auteur des conséquences bonne ou mauvaises selon la nature de l’action produite. C’est ce qu’on appelle le
karma. Dans une célèbre histoire zen, un homme dit à son fils : « Maintenant qu’il fait nuit, nous pouvons prendre des pommes de terre
de ce champs pour nous nourrir, personne ne nous voit. » Le fils lui répond : « Non, père ; la lune nous regarde ».
Si notre action échappe au regard humain, jamais elle n’échappe au regard de l’ordre cosmique. Beaucoup de gens croient que dès lors où
leurs actions échappent au regard de la justice, ils peuvent tout se permettre. C’est une tragique illusion : un homme qui agit mal
récoltera immanquablement les conséquences de ses actes, dans dix ans, dans vingt ans ou après la mort. Personne n’échappe à la loi du
karma.
Cela ne signifie pas pour autant que les germes karmiques négatifs ne puissent être neutralisés en empêchés d’éclore par des semences
karmiques positives posées ultérieurement : le déterminisme karmique n’est pas une fatalité.
Gérard PILET
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