Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
 


 
Samsâra/nirvâna : l’envers et l’endroit d’une même réalité

Le mot sanscrit nirvâna signifie extinction. Il est la forme substantivée du verbe nirvâ : s’éteindre, tel un feu qui cesse de tirer par manque de combustible. Ce combustible, n’est autre que le conditionnement samsârique caractérisé par un état d’ignorance consistant à se vivre comme une entité substantielle séparée et à prêter aux phénomènes les mêmes caractéristiques. De cette illusion fondamentale découle un sentiment d’incomplétude à l’origine de multiples attachements qui nourrissent et embrasent le feu des désirs et des peurs et frustrations subséquentes.
C’est de cet état d’ignorance et de ce feu dévorant à la source de tourments sans cesse renouvelés caractéristiques du samsâra dont le nirvâna est l’extinction. Ce feu une fois éteint, les tourments disparaissent pour laisser place à une paix et une félicité infinies.
Ainsi, opposés au niveau relatif, samsâra et nirvâna sont au niveau ultime aussi inséparables que les deux faces de la même pièce de monnaie. En effet, on ne parlerait pas de nirvâna si le samsâra n’existait pas, de même qu’on ne parlerait pas de santé si la maladie n’existait pas. La Voie enseignée par le Bouddha est le remède à la maladie de dukkha par l’élimination de laquelle transparaît l’état originel omniprésent appelé nirvâna.

Des concepts bouddhiques, le nirvâna est probablement celui qui a fait l’objet des plus graves erreurs d’interprétation, la plus fréquente consistant à l’assimiler à un état d’anéantissement. Elle est le fait des tenants d’une interprétation nihiliste des enseignements du Bouddha mais aussi celui de ceux qui n’ont d’expérience de la conscience que celle qui dépend des cinq agrégats d’appropriation et qui par conséquent n’envisagent l’abandon de l’identification à ceux-ci qu’avec effroi, comme s’il ne pouvait s’agir que d’un anéantissement total. Une autre erreur presqu’aussi fréquente consiste à l’assimiler à la mort sans que ceux qui la commettent se rendent compte que si le nirvâna a à voir avec la mort, c’est avec la mort de l’état d’ignorance et non avec celle du corps physique, laquelle n’a pas en soi le pouvoir de libérer de l’état d’ignorance, comme l’atteste la réalité de la ronde des naissances et des morts. Certes, à la mort d’un Bouddha, on dit de lui qu’ « il est entré dans le parinirvâna » mais c’est pour signifier qu’il parachève (c’est le sens du sanscrit pari) avec sa mort le nirvâna réalisé de son vivant.
Tous ces contre-sens montrent une fois de plus que les données fondamentales de l’enseignement du Bouddha et des Patriarches ne peuvent être réellement comprises que par ceux qui en ont une expérience directe et à cette expérience seule la pratique de la Voie peut donner accès.

Ajoutons pour terminer que si la libération du conditionnement samsârique exclut d’avoir à reprendre forme humaine par nécessité, elle n’exclut pas de le faire par compassion afin d’aider ceux qui restent assujettis à ce conditionnement à s’en libérer. Tel est le cas des bodhisattvas. On ne peut pas dire pour autant qu’ils « renoncent » au nirvâna puisque celui-ci est réalisé une fois pour toutes mais qu’ils acceptent en toute liberté et par pure compassion de le vivre au milieu des souffrances de l’existence conditionnée.


Gérard Chinrei Pilet (Octobre 2020)




Autres articles :