Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen


 
Zen et quiétisme

Les maîtres qui nous ont précédés et nous font bénéficier de leur expérience approfondie de la Voie nous mettent en garde contre la tentation d’un zazen indolent. Ainsi, maître Dôgen nous enjoint de « pratiquer zazen avec l’ardeur que nous mettrions à éteindre un feu brûlant sur notre tête » et, dans le même sens, maître Deshimaru recommandait de ne pas s’installer dans « un zazen tant pis », pour reprendre son expression, c’est-à-dire dans un zazen nonchalant, un zazen de blasé duquel s’est retirée la flamme de l’esprit d’Eveil et qu’on pratique mécaniquement, sans enthousiasme, par routine. C’est, insistait-il, la posture de zazen elle-même qui doit être habitée par la foi en zazen et ne pas être, disait-il, « semblable à une bière éventée », à une bière qui a perdu son peps, son ki. Si la posture de zazen doit rester libre de toute crispation et d’une tension excessive qui la figerait dans une rigidité de marbre, elle n’en doit pas moins toujours rester tonique.
Faute de suivre ces précieuses recommandations, la somnolence ou un état mental proche de la torpeur ou de l’hébétude peuvent s’emparer de zazen. On se tromperait grandement en identifiant ces états à « la paix du samadhi ». Celle-ci est une plénitude de conscience, ceux-là un engourdissement de la conscience ; celle-ci devient manifeste quand l’agitation mentale est transcendée, ceux-là ne sont qu’un état mental périphérique, à la frontière entre la veille et la somnolence, une sorte de quiétisme qui n’a rien à voir ni avec la véritable paix ni avec le samadhi des Bouddhas et Patriarches. C’est contre cette dérive qu’au douzième siècle Wanshi s’était élevé, contribuant par son enseignement lumineux à re-situer le zazen shikantaza dans sa radicale et mystérieuse profondeur.
En donnant à son temple le nom d’Eiheiji (temple de la paix éternelle), maître Dôgen rappelle que celle-ci n’est pas à la merci des hauts et des bas de l’existence mais demeure présente dans l’adversité comme dans la prospérité. Elle est de la même nature que l’esprit de bouddha, « qui n’apparaît ni ne disparaît, n’est jamais venu à l’existence et n’a jamais cessé d’exister ».


Bon été à toutes et à tous

Gérard Chinrei Pilet (Juillet 2018)




Autres articles :