Association Kan Jizai

"Etudier la Voie, c'est s'étudier soi-même
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même
S'oublier soi-même, c'est être en unité avec toutes les existences"
Maître Dôgen
 


 
La paix toujours présente

Pour éprouvant qu’il soit, cet épisode sanitaire quasi planétaire n’en est pas moins aussi une opportunité d’approfondir la pratique de la Voie, en particulier sous certains de ses aspects.
Ainsi en est-il en ce qui concerne la paix.

Le Bouddha et les Patriarches le répètent à l’envi : la paix véritable est inaltérable et imperturbable. Elle ne change pas d’un jour à l’autre, elle n’est pas tributaire des aléas de l’existence et demeure elle-même dans l’adversité comme dans la prospérité. Elle se lève dans le ciel de l’esprit dès que l’agitation mentale se calme et que s’apaise le tourbillon des paires d’opposés tels que la saisie et le rejet, l’identification et le refus, l’attraction et la répulsion. Et c’est précisément ce que zazen rend possible. Aussi, en ces temps où la grande majorité des lieux de pratique a fermé ses portes, n’en négligeons pas pour autant sa pratique. Installons-la dans notre quotidien. Elle sera bénéfique pour soi et pour la société dans son ensemble car, maître Dôgen l’a souvent répété, les vertus pacifiantes de zazen diffusent leur influence bien au-delà de celui qui le pratique. De ce point de vue-là, le covid 19 nous donne une belle leçon en nous faisant voir à la loupe la réalité de l’interdépendance : en ne nous exposant pas au risque de contamination, nous protégeons aussi les autres de ce même risque. Pour prolonger cette paix au-delà du temps de zazen, appliquons-nous aussi à pratiquer ces recommandations de Bouddha : « abandonnez le passé, abandonnez le futur, abandonnez le présent, traversant ainsi en direction de l’autre rive de l’existence avec le mental libéré de toutes choses ».
Dans cette optique, ne nous laissons pas emporter par les agitations du « mental-singe », toujours prompt, quand les circonstances sont contraires, à revenir sur le passé, à considérer que « tout cela aurait pu être évité si… » ou encore « qu’il aurait fallu que… ». Ces agitations, vaines eu égard à la situation en place, font en outre obstacle à l’acceptation de ce qui est tel que c’est, moyen pourtant infaillible de rester paisible.
Concernant le futur, n’oublions pas que, si prévoir et anticiper est précieux pour organiser au mieux les choses et s’éviter de mauvaises surprises, se laisser aller aux divagations de l’imagination quand elles ne sont mues que par la peur ne fait qu’enflammer davantage celle-ci et enlever toute sérénité.

Ainsi, en ces temps difficiles, faisons ce qu’on peut faire pour soi et pour autrui et, pour le reste, remettons-nous en à ce que maître Deshimaru appelle « le Pouvoir Cosmique fondamental », quel que soit le nom que personnellement on lui donne ou l’archétype spirituel auquel on l’associe : Bouddha, Kannon etc…C’est lui qui est à la source de toute vie et c’est à lui qu’on doit, en dernier lieu, s’en remettre et remettre la nôtre.


Gérard Chinrei Pilet (Avril 2020)




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